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dimanche 5 septembre 2010

L'alchimiste et sa grandeur

Texte de Leslie Goldfin

Les compliments viennent avec aisance lorsque mentir est inutile. Et depuis l'avènement de Nicolas Sarkozy à la tête de la République, le mensonge n'existe plus. Une absolue transparence guide le pays. La vérité est partout. Tout ce qu'a dit l'actuel président, il l'a bien dit. Tout ce qu'a promis notre guide, il l'a vraiment promis. Là réside le génie de l'homme, encore incompris par une poignée de gauchistes et d'intellectuels incapables de regarder en face ce monde advenu. Eux sont dans les luttes archaïques et les longues analyses autoproclamées savantes. Nicolas Sarkozy, lui, invente la réalité. Notez ce qu'il faut de puissance pour être tel démiurge. Grâce à son énergie bigbangesque, chaque jour est nouveau sous le soleil. Le bond est avant est quotidien. Combien de chantiers ouverts ? Combien de réformes en cours ? Quand on aime, on ne compte plus. Miracle de la multiplication des discours : certains lui reprochent de copier-coller ses textes. Il s'agit pourtant d'une preuve de stabilité qui démontre la sincérité totale de sa parole donnée. Miracle de la communication révélée : ceux qui lui reprochent de lancer des polémiques creuses ignorent que polêmikôs signifie « prêt à la guerre ». Sans peine, Sarkozy a endossé le costume du chef, prêt à monter au front pour garder un œil sur les problèmes des vrais Français. Cet effort lui vaut souvent l'adhésion de l'opinion sondagière. Le peuple, c'est simple comme un coup de fil. Aucun fait divers n'échappe jamais à son attention devant la télévision. Alors que les socialistes se perdent dans les motions, notre président gouverne avec l'émotion. Avec quelle activité ! Des rois fainéants d'hier, nous sommes passés aujourd'hui à un roi qui fait néant : de rien, il peut faire tout. Or, rien n'est plus dur. Alchimiste de sa grandeur, Sarkozy construit un history-telling taille patron. Il aime ce qu'il fait. Profondément. Lorsque les ouvriers se plaignent d'être à la chaîne, lui passe sur toutes les chaînes. Là est son secret pour rester à la barre en 2012. Pour l'ensemble de son œuvre, rendons-lui justice. Un jour, celle-ci sera fête pour les Français. http://www.sokrazy.fr

vendredi 14 mai 2010

Allons voir notre banquier

Alors voilà, je pars d'hypothèses connues et reconnues comme étant vraies :
  • Le marché financier (dans ces termes on peut tout mettre c'est bien pratique) est le moteur de notre économie sans lequel rien n'est possible (c'est pas moi qui l'invente c'est la télé qui le dit alors ce doit être vrai),
  • Il est ouvert à tous,
  • Mon banquier est mon meilleur ami, il me veut du bien,
  • Mon banquier prône le système dans lequel on vit, c'est lui qui l'entretient,
  • Le système dans lequel on vit ne peut être défaillant,
  • Comme chacun le sait la bourse augmente toujours en moyenne,
  • . . . etc sur la même mélodie argumentaire, vous voyez ce que je veux dire.

     Voilà les hypothèses sont posées, maintenant je vais dans mon agence voir mon banquier, enfin plutôt conseiller / commercial / vendeur de placements qui rapporte à la banque mais pas à nous, et je lui propose la chose suivante :
  • Mon salaire actuel est de 1 500€ net mensuel soit 18 000€ nets par an. 
  • La bourse, grand totem de notre monde, a évolué positivement l'année passée : entre le 14 mai 2009 et le 13 mai 2010 elle est passée de 3156 points à 3731 points soit une augmentation de 15%. Mieux, la plus grosse variation dans cette même période est une évolution de 2983 points (10/07/2009) à 4065 points (15/04/2010) soit 26%.
  • Les plus values boursières sont imposées à 27%.

     Mossieur le banquier, vous qui êtes un introduit du système, moi aussi je veux profiter de celui ci pleinement, alors s'il vous plait prêtez moi l'argent nécessaire à ces fructueux placements et je vous laisse le soin de le placer à bon escient, vous arriverez bien à suivre la moyenne du CAC 40 sans embuche, c'est votre métier. N'étant pas vénal par nature je demande juste à gagner la même chose qu'en travaillant. Voyons ensemble les conditions :
Les banques centrales vous prêtent l'argent à 1%, allons je suis magnanime merci de faire le même effort que pour la Grèce, prêtez moi la somme nécessaire à 5% et quelques frais de dossier bien sur, soyons honnête.
Après un calcul rapide :
Montant à emprunter Variation CAC 40 Plus Values Brutes Imposition Intérêt Banque Plus Value Nette Marge Banque sur Intérêts
26% 15% 27% 5%
135 000 170 100 35 100 9 477 6 750 18 873 5 400
315 000 362 250 47 250 12 758 15 750 18 743 12 600










Conclusion : allons tous voir nos bienaimés banquiers et proposons leur cette juteuse et sans risque affaire qui fera de nous les membres officiels des marchés financiers.

Crachons le vin, c’est bon pour lui (et pour nous)

Petite parenthèse avant de reprendre mon récit aux alentours de Suze la Rousse: je cède la parole à Philippe Gimel.
J’aurai l’occasion de revenir sur cette rencontre avec ce vigneron et son épatant domaine Saint-Jean du Barroux, entre Vacqueyras et le haut du Mont Ventoux. Je goûtais sont vin; il avait installé un sceau et un gigantesque entonnoir en fer, pour ne pas se louper en recrachant sa production.
Et soudain, il a eu cette phrase fantastique: “Vous me ferez plaisir en crachant mon vin” :

Bonheur, soulagement. Une autre, femme de vigneron à qui je m’excusais de recracher ses vins car j’avais de la route à faire, s’est écriée “Mais j’espère bien! Je ne vous aurais pas permis d’avaler!

Ainsi, les vignerons se réjouissent de nos crachats. Et je confirme qu’il est très agréable, arrivé aux 10ème vin, de se sentir sobre comme un chameau et de pouvoir le déguster comme s’il s’agissait du premier verre.
Ce que regrettaient mes voisins de table d’hôtes qui souhaitaient choisir un vin pour le mariage de leur fille et, n’ayant “pas osé” recracher, étaient rentrés quasiment à quatre pattes.

Et si on généralisait les crachoirs dans les restaurants?
Mais Philippe Gimel soulève cette idée, dont je ferais bien ma croisade:
Alors je vous soumets la proposition, pas très politiquement correcte en temps de crise, j’en conviens: et si, plutôt que de vouloir freiner sa consommation de vin et faire de la patrie du vin un peuple de buveurs d’eau, on prenait l’habitude de cracher?
Nous serions tous gagnants dans l’histoire, vignerons, restaurateurs, sommeliers, usagers de la route… seul le guide du savoir-vivre de N. de Rothschild y trouverait à redire. Encore que, avec ma leçon du mois dernier pour cracher avec élégance, on est paré. 

Les copains d'abord

Amaury, Lagardère, Bouygues, Dassault, Orange : ne cherchez pas, ils y sont tous, ceux du Fouquet's, et les autres. Les grands groupes de médias français, qui voient fondre leurs recettes publicitaires du fait de la crise, et leur audience par la faute des jeux vidéos ou des réseaux sociaux, attendent la légalisation des jeux en ligne comme la pluie bienfaisante, après des années de sécheresse. Pendant que l'on amuse la galerie, depuis des années, avec des feuilletons divertissants, comme celui de la suppression de la pub sur les chaînes publiques, les alliances se constituaient, les versions de la loi se précisaient, les stratégies s'affinaient. La pression a payé : toutes affaires cessantes, le Parlement leur a voté leur loi, promulguée aujourd'hui. Jackpot ! Bienvenue, sur Info-casino.
Ce profond bouleversement de la nature des entreprises de médias risque d'avoir des conséquences encore incalculables aujourd'hui. Le peu de confiance que le public plaçait encore en eux fondra sans doute encore. D'autant qu'un aspect a peut-être échappé à beaucoup, comme le relevait dans Le Monde un journaliste, Dominique Cordier : le média qui informera ses lecteurs et ses télespectateurs sur le sport, qui livrera des infos exclusives et des pronostics, aura aussi économiquement intérêt à leur faire perdre leurs paris (notons que le site du Monde, nonobstant ces risques, ne craint pas de tremper le bout de l'orteil dans les paris en ligne). Et puis, si l'expérience est concluante, pourquoi pas demain des paris sur le résultat des élections, ou sur l'issue des procès ?
Est-il plus ou moins immoral que ce racket légal et volontaire, que constituaient déjà le Tiercé, le Loto, le Morpion et compagnie, bénéficie aux caisses de l'Etat, ou renfloue les oligarques français ? On peut en discuter longtemps. Beau sujet de débat. Il est probable que les grands médias français lui consacreront moins de place et de temps, qu'aux apéros géants de Facebook, ou à la polygamie et à la burqa. On parie ?

Voir l'original sur www.arretsurimages.net
Faire ce que l'on veut ou bien vouloir ce que l'on fait