mardi 24 août 2010

La grande arnaque de la réforme des retraites

Pierre Mascomère démonte la logique pré-existante à la réforme des retraites.

 

Le gouvernement a présenté son projet de « réforme » des retraites. Des 4 pages publicitaires dans toute la presse en vantent à profusion les mérites.
Le quotidien Les Echos du 10 juillet présente cette réforme comme le souhaite le gouvernement. Mais ce journal, peu suspect de critiquer cette réforme, la présente aussi, dans la même page, selon sa propre vue.
Se plaçant en 2020, il détaille en effet « l’effort de redressement » de 30 Md€ prévu. Cet « effort » est supporté par les salariés, les entreprises, et des recettes nouvelles ne touchant pas les entreprises. Les salariés, du fait du report de l’âge légal de la retraite, participent pour 20,2 Md€, et, du fait de la hausse des cotisations salariales des fonctionnaires, pour 4,9 Md€.
Les entreprises, notamment du fait de minorations d’allégements de charges, participeront pour 2,2Md€. Le solde est constitué de diverses recettes nouvelles, hors entreprises, dont 1 Md € de taxes supplémentaires sur les revenus du capital.
L’effort supporté par les salariés est donc de près de 84%, celui supporté par les entreprises de 7%.

Le gouvernement triche

Que disait le gouvernement, repris et martelé par les médias :
« le problème est démographique, la solution doit être démographique »
« l’espérance de vie augmente donc il faut reculer l’âge légal de la retraite et/ou augmenter le nombre d’années de cotisations ».
Sans oublier, bien sûr, qu’« il ne faut pas obérer la compétitivité des entreprises françaises ».

Mais le problème est-il réellement démographique ?
Le titre des Echos du 16 juin : « Les besoins de financement du système de retraite ont triplé avec la crise » résume bien la situation. Situation d’ailleurs décrite dans le rapport du COR et même dans le document d’orientation du gouvernement.
Que les besoins de financement triple avec la crise signifie que la crise représente 66% des besoins de financement et la démographie 33%.
Même si on acceptait le slogan du gouvernement, « le problème est démographique la solution doit être démographique », cette solution ne devrait pas excéder 33% du financement. Or les salariés à eux seuls supportent 84% ! Les salariés supportent donc à plein l’impact de la crise sur les retraites. Ce serait plutôt aux financiers et aux banques de supporter le poids de leurs erreurs.

En plus, il y a arnaque.

Revenons à la « démographie ».
L’espérance de vie a augmenté et notamment l’espérance de vie à partir de 60 ans, ce qui majore notablement la charge des régimes de retraite, c’est certain.
Mais les effets du « papy-boom » sont encore plus importants. Or, ce « papy boom » vient directement du « baby boom » des années 1946 à 1970. Il y aurait eu largement le temps d’ anticiper ses effets !
Justement, l’Arrco, qui avant la crise ne présentait pas de déficit notable à l’horizon 2020/2030 avait en partie intégré depuis longtemps ses effets.
L’Arrco, du fait de la réforme, va donc devenir excédentaire… et déjà le patronat réclame une baisse de ses cotisations…
Le gouvernement Jospin, constatant que rien ou presque n’avait été fait pour ce papy boom a alors créé le Fonds de Réserves des Retraites (FRR) pour alléger une partie de la charge des régimes. C’était une bonne ou une mauvaise idée, mais elle a eu le mérite d’exister. Les gouvernements de droite qui ont suivi se sont empressés de mettre fin à la grande majorité du financement de ce FRR. Sans le remplacer par quoi que ce soit. Et maintenant, alors qu’il y avait de nombreuses années pour faire face à ce problème, le gouvernement présente la facture, en urgence !
Oui, l’espérance de vie à partir de 60 ans a progressé jusqu’à maintenant de 1,4 an par dix ans. Mais les « réformes » de 1993 et de 2003 (Fillon) parlent explicitement de cet allongement. Sans succès apparemment !

Ces gouvernements de droite sont décidément très mauvais.

Il reste l’augmentation de l’espérance de vie entre 2003 et 2010. Et sur cet aspect il serait effectivement légitime que les employeurs et, sous conditions, les salariés, financent ce coût supplémentaire.
Les salariés et les employeurs. Car au nom de quoi les salariés devraient ils toujours supporter -seuls- toutes les augmentations de coûts ?
En 1993, comme en 2003. Il n’y a pas eu de majoration de cotisations patronales. Pourquoi ?
Pour ne pas obérer la compétitivité des entreprises ?
Là aussi il y a arnaque.
Pour préparer cette « réforme, le gouvernement avait demandé au Directeur général de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, un rapport sur le partage salaire/profit de la «valeur ajoutée » (VA) des entreprises françaises. Au grand dam du patronat qui y voyait la possibilité d’ouverture d’une boîte de Pandore.
Mais la communication du gouvernement, les médias, et aussi la mauvaise foi manifeste du rapport, ont fait qu’une seule idée a été retenue : « depuis 20 ans le partage de la valeur ajoutée entre les salaires et les profits n’a pas varié ».
Le tableau ad hoc du rapport le montre effectivement. Mais il montre aussi que avant ces 20 dernières années, la part des salaires dans la valeur ajoutée était largement plus élevée.
Beaucoup plus dans les années 80, mais aussi bien plus auparavant, et de façon relativement stable. Et le « point » de valeur ajoutée représente approximativement 16 Md€ !
Mais si la part des salaires a baissé, où est donc passée la différence ?
Est-elle passée en investissements qui auraient eu le mérite de conforter ou de créer des emplois et de la richesse réelle ? Non, un coup d’oeil sur le partage des profits, après impôts, suffit. Les investissements ont stagné, mais les profits distribués aux actionnaires ont, eux, largement augmenté.
Si l’espérance de vie à partir de 60 ans est passée entre 1981 et 2010 de 20 ans à plus de 24 ans, les dividendes sont passés de 3,2% à 8,4% du PIB ! ( sociétés non financières, source: insee)
Il y a donc de quoi, entre taxes sur les fauteurs de la crise financière et cotisations des entreprises, et voire -sous conditions- des salariés, financer largement les retraites.
Même si il faut tenir compte de la disparité des rentabilités des entreprises.
La « réforme » du gouvernement n’est ni juste ni équilibrée.
Les salariés supportent 84% d’un coût global du pour 66% à la crise et à 33% à la démographie.
Les entreprises en supportent 7% et les fauteurs de la crise : rien !
Les petits salariés sont les plus touchés, à la différence des cadres du secteur privé ayant fait quelques études supérieures qui ne le sont pratiquement pas. Alors ?
Au delà du fait que rien ne figure quant à « l’emploi », élément essentiel pour les retraites, et l’économie en général, il y a plus grave encore. Le gouvernement et le Medef vont maintenant essayer de faire baisser les salaires, comme cela a déjà commencé en Allemagne. Cela creusera encore plus les déficits publics et nécessitera une nouvelle « réforme » des retraites.
Les retraites générales seront ainsi progressivement réduites au niveau anglo-saxon.
Un espace sera enfin ouvert pour des systèmes facultatifs privés en capitalisation, pour le plus grand profit des Assurances et Banques capitalistes, deux secteurs parmi les plus grands pourvoyeurs de fonds du Medef et soutiens actifs, et pour cause, de la réforme !

Source : Décryptages Note Flash 02/07/10
1.« un effort de redressement de 30 Md € » Les Echos du 10 06 10
2.Arrco : régime de retraite obligatoire pour les salariés du secteur privé complémentaire au Régime général de la Sécurité sociale.
3.Les investissements ne représentent que 9% environ des profits. Et Nicolas Sarkosy a l’air malin qui clamait que les profits devaient être répartis en trois tiers !
4.On lira à ce sujet les notes Flash économie de Patrick Artus, n° 238 du 12 mai 2010, « Il vaudrait mieux accroître les salaires qu’augmenter les dettes publiques » et n° 271 du 31 mai 2010, « Faut il baisser les salaires dans la zone
euro ? ».
par Pierre MascomèreSource : Décryptages Note Flash 02/07/10
1.« un effort de redressement de 30 Md € » Les Echos du 10 06 10
2.Arrco : régime de retraite obligatoire pour les salariés du secteur privé complémentaire au Régime général de la Sécurité sociale.
3.Les investissements ne représentent que 9% environ des profits. Et Nicolas Sarkosy a l’air malin qui clamait que les profits devaient être répartis en trois tiers !
4.On lira à ce sujet les notes Flash économie de Patrick Artus, n° 238 du 12 mai 2010, « Il vaudrait mieux accroître les salaires qu’augmenter les dettes publiques » et n° 271 du 31 mai 2010, « Faut il baisser les salaires dans la zone euro ? ».

50 statistiques qui en disent long sur l'économie américaine

Bilbo, lecteur du blog Dedefensa, a déniché un article américain qui liste 50 statistiques qui permettent de mieux appréhender l'état de santé de l'économie américaine. Le résultat n'est pas brillant.


Chaque jour l'économie, à l’instar d’autres domaines, fait l'objet de milliers d'articles ou de reportages. Il est bien sûr impossible de les lire, regarder ou écouter tous, de les analyser et de s'en souvenir correctement.


Dans le cas de l’économie, l'exercice pour le lecteur (ou l'auditeur passif) est rendu d'autant plus difficile que ces articles portent sur des sujets variés et sur des périodes différentes (à une information portant sur le secteur de l’immobilier au cours de l’année 2009 viendra se superposer un article sur la croissance du PIB au dernier trimestre par exemple). En un sens trop d’informations tue l’information…


Cependant parmi tous ces articles, rares sont les compilations. En voici une qui, je pense, vous permettra d’avoir une idée un peu moins vague de l'état de santé de l'économie américaine.


50) En 2010, le gouvernement des États-Unis a prévu d'émettre presque autant de dettes que le reste des gouvernements du monde réunis.


49) Le gouvernement américain prévoit un déficit budgétaire d'environ 1600 milliards de dollars en 2010.


48) Si vous dépensez un dollar chaque seconde, cela prendrait plus de 31 000 ans pour dépenser mille milliards de dollars.


47) En fait, si vous aviez dépensé un million de dollars chaque jour depuis la naissance du Christ, vous n’auriez toujours pas dépensé mille milliards de dollars.


46) Le total de la dette du gouvernement américain atteint maintenant 90% du PIB.


45) Le total de la dette du marché du crédit aux États-Unis, en comptant celle du gouvernement, des entreprises et des particuliers, a atteint 360% du PIB.


44) Les Impôts sur les bénéfices des sociétés américaines ont diminué de 55% (à 138 milliards de dollars) pour l'année se terminant au 30 septembre 2009.


43) Huit comtés de l'État de Californie ont désormais des taux de chômage de plus de 20%.


42) Dans la région de Sacramento, en Californie, une entreprise sur six a fermé.


41) En février 2010, il y avait 5,5 chômeurs pour chaque nouvelle offre d'emploi.


40) Selon une étude du PewResearch Center, environ 37% des Américains âgés de 18 à 29 ans ont été soit au chômage soit sous-employés à un moment donné au cours de la récession.


39) Plus de 40% des personnes employées aux États-Unis travaillent actuellement dans des emplois de service à bas salaires.


38) Selon un nouveau sondage, 24% des travailleurs américains disent avoir reporté l’âge prévu de leur retraite au cours des 12 derniers mois.


37) Plus de 1,4 millions d'Américains ont connu une faillite personnelle en 2009, ce qui représente une augmentation de 32% par rapport à 2008. De surcroît, mars 2010 a été un record absolu depuis la loi américaine sur les faillites d’octobre 2005.


36) Les demandes d'achat d'hypothèques aux États-Unis sont en baisse de près de 40% par rapport au mois précédent, soit leur plus bas niveau depuis avril 1997.


35) RealtyTrac a annoncé que les saisies aux États-Unis avaient établi un record historique en 2009 pour la deuxième année consécutive.


34) Selon RealtyTrac, des avis d'expulsion ont été signalés sur 367 056 biens immobiliers en mars 2010, soit une augmentation de près de 19% par rapport en Février - le plus haut chiffre mensuel depuis que RealtyTrac a commencé à comptabiliser ces chiffres en Janvier 2005.


33) Dans les seuls comtés de Pinellas et Pasco, qui comprennent St. Petersburg, en Floride, et la banlieue située au nord, il y a eu 34 000 avis d’expulsion. Il y a dix ans, il n'y en avait que 4 000.


32) Dans la vallée centrale de Californie, 1 maison sur 16 est concernée par un avis d’expulsion.


31) La Mortgage Bankers Association a récemment annoncé que plus de 10% des propriétaires ayant une hypothèque avait manqué au moins un paiement au cours de la période de janvier à mars 2010. C'est un niveau record, en hausse de 9,1% sur un an.


30) Les banques américaines ont récupéré près de 258 000 foyers à l'échelle nationale au premier trimestre de 2010, soit un bond de 35% par rapport au premier trimestre de 2009.


29) Pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, les banques possèdent une plus grande part de la valeur nette du logement résidentiel aux États-Unis que tous les particuliers.


28) Plus de 24% des foyers ayant des prêts hypothécaires aux États-Unis ont connu de graves difficultés financières à la fin de 2009.


27) La valeur des propriétés commerciales américaines a baissé d'environ 40% depuis 2007, et actuellement 18% des espaces de bureaux aux États-Unis sont vides.


26) Le taux de défaut sur les prêts hypothécaires des immeubles détenus par les banques américaines a atteint un record de 4,6% au premier trimestre de 2010. C'est presque le double du niveau enregistré un an plus tôt.


25) En 2009, les banques américaines ont affiché leur plus forte baisse du crédit privé depuis 1942.


24) L’État de New York a retardé le paiement de factures totalisant 2,5 milliards de $ à court terme pour rester solvable, mais les responsables ont prévenu que son resserrement monétaire pourrait bientôt devenir encore pire.


23) Pour compenser une projection du déficit budgétaire 2010 de 280 millions de dollars, Détroit a émis 250 millions de dollars sur 20 ans de Bons municipaux en mars. Cette émission a été suivie d'un avertissement des fonctionnaires de Détroit : si sa situation financière ne s'améliore pas, elle pourrait être forcée de déclarer faillite.


22) La National League of Cities a annoncé que les municipalités seront probablement en déficit de 56 milliards à 83 milliards de dollars entre aujourd'hui et 2012.


21) Une demi-douzaine d’états américains pauvres ont annoncé qu'ils retardaient leurs crédit de remboursement d'impôt.


20) Deux professeurs d'université ont récemment calculé que le cumul des retraites non provisionnées des 50 États américains étaient de 3 200 milliards de dollars.


19) Selon Economic Policy Journal, 32 états américains sont déjà à court de fonds pour verser des prestations de chômage, si bien que le gouvernement fédéral a fourni des fonds à ces états afin qu'ils puissent effectuer leurs paiements aux chômeurs.


18) Cette récession a effacé 8 millions d'emplois dans le secteur privé aux États-Unis.


17) Dans le secteur privé, la part du revenu personnel provenant des salaires payés par chèque a été ramenée à son plus bas historique au cours du premier trimestre de 2010.


16) Les prestations accordées par le gouvernement américain (y compris la sécurité sociale, l’assurance chômage, les bons d'alimentation, et d'autres programmes) ont atteint un niveau record au cours des trois premiers mois de 2010.


15) 39 680 000 Américains reçoivent maintenant des bons d'alimentation, ce qui représente un nouveau record historique. Mais les choses vont encore s'aggraver. Le département américain de l'Agriculture prévoit que l'inscription dans le programme des bons alimentaires devrait dépasser les 43 millions d'Américains en 2011.


14) Phoenix, en Arizona, possède un taux annuel étonnant de 57 000 vols de voitures, ce qui en fait la nouvelle “capitale mondiale du vol de voiture”.


13) Les autorités US affirment qu'il y a maintenant plus de 1 million de membres de bandes criminelles à l'intérieur du pays. Ce million de membres de gangs est responsable de près de 80% des crimes commis aux États-Unis chaque année.


12) Le système de santé américain était déjà confronté à une pénurie à venir d'environ 150 000 médecins dans les dix prochaines années. Avec la “réforme” adoptée par le Congrès sur les soins de santé, ce nombre pourrait augmenter de plusieurs centaines de milliers.


11) Selon une analyse du Comité mixte du Congrès sur la fiscalité, la « réforme » sur les soins de santé va générer 409,2 milliards de dollars en impôts supplémentaires pour le peuple américain en 2019.


10) En 2010, le Dow Jones Industrial Average vient de vivre le pire mois de mai depuis 1940.


9) En 1950, le ratio du salaire moyen du travailleur moyen par rapport au Chef d’entreprise était d'environ 30/1.Depuis l'an 2000, ce ratio a explosé à 300-500/1.


8) Environ 40% des dépenses de consommation proviennent actuellement de 20% des ménages américains qui ont les revenus les plus élevés.


7) Selon les économistes Thomas Piketty et Emmanuel Saez, les deux tiers des augmentations de revenus aux États-Unis entre 2002 et 2007 ont concerné les 1% de la population les plus riches.


6) 40% des revenus aux Etats-Unis détiennent désormais collectivement moins de 1% de la richesse de la nation.


5) Si vous ne faites que le remboursement minimal à chaque fois, un achat par carte de crédit de 6000 $ peut vous coûter plus de 30 000 $.


4) Selon un nouveau rapport basé sur les données du US Census Bureau, seulement 26% des adolescents américains âgés de 16 et 19 avaient un emploi à la fin de 2009, ce qui représente un nouveau record depuis que les statistiques ont commencé à être publiées en 1948.

3) Selon une enquête de la National Foundation for Credit Counseling, seulement 58% des personnes issues de la «Génération Y» vont payer leurs factures mensuelles à temps.


2) Au cours du premier trimestre de 2010, le nombre total de prêts aux États-Unis qui ont au moins trois mois d'arriérés a augmenté pour le 16ème trimestre consécutif.


1) D’après la Tax Foundation’s Microsimulation Model, pour effacer le déficit budgétaire 2010 des États-Unis, le Congrès américain devrait multiplier chaque tranche d'imposition par 2,4. Ainsi, le taux de 10% devrait passer à 24%, le taux de 15% devrait passer à 36%, et le taux de 35% devrait passer à 85%.


L’article original, publié le 29/06/2010 et intitulé «50 Fun Stats about the U.S.» comprend des liens vers les études ou articles dont sont extraits ces statistiques :
http://www.investmentpostcards.com/2010/06/29/50-fun-stats-about-the-u-s/.


Retrouvez les articles de Dedefensa sur son blog

mercredi 2 juin 2010

Crise: on a oublié que c'est grâce à l'ouvrier que le riche est riche

Avec France-Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. D'après lui, la situation économique de notre pays vient de la structure même de l'emploi en France, qui favorise le secteur

Le nombre de demandeurs d’emplois augmente fortement en avril : l’occasion de parler du contenu de l’emploi.
Le chômage repart à la hausse, après une très légère embellie en début d’année. Depuis 2008, depuis que la crise s’est installée, c’est près de 700000 chômeurs de plus qui sont apparus. Ce qui est considérable. Et sur le mois d’avril, les plus faibles une fois de plus sont touchés, c’est à dire les plus jeunes, et les femmes. Comment combattre cette baisse de l’emploi ? C’est ici qu’il faut citer une phrase très célèbre du père de l’économie politique : Adam Smith. Smith pensait que seul le travail créait de la richesse. Tous les grands économistes ont admis que le travail, et lui seul, créait de la richesse. Et Smith dit ceci : « lorsque j’embauche un ouvrier, je m’enrichis, lorsque j’embauche un domestique, je m’appauvris » … 

Pourtant il s’agit bien de travail dans les deux cas...

Et même de travail pénible dans les deux cas. Sauf que le travail de l’ouvrier crée de la richesse, alors que celui du domestique n’en crée pas. Pourquoi ? Voilà ce que voulait dire Smith : l’ouvrier participe à la production de marchandises utiles à la nation, et cette production, elle-même, entretient les travailleurs, source de toute richesse. En revanche le domestique vit sur la richesse de son employeur, et constitue une dépense somptuaire de ce même employeur. Il n’a pas d’utilité sociale. Tout ça pour en venir à la structure de l’emploi en France.

Il s'agit de la chute de l'emploi industriel. La tendance est depuis longtemps à la quasi disparition des emplois dans l’agriculture, à la baisse des emplois industriels, et à l’explosion des emplois dans les services. L’une des manières utilisées pour combattre la baisse de l’emploi est de favoriser les emplois à la personne. Les emplois à la personne relèvent-ils du travail productif (comme les ouvriers) ou improductifs (comme les domestiques) ? Si l’on sit la théorie du père du libéralisme, Adam Smith donc, ce n’est pas en substituant du travail domestique à du travail industriel qu’on enrichit la nation. Or toute la politique de l’impôt en France menée depuis quelques années, et particulièrement celle de l’impôt sur le revenu, est destinée à créer des emplois en favorisant les services à la personne.

D’où la chute de l’impôt sur le revenu

D’où la chute de l’impôt sur le revenu, le seul impôt progressif. Il représente 6.5% des impôt en France aujourd’hui, il représentait 9% en 1990. Parmi les 36 millions de foyers fiscaux, seulement 45% payent l’impôt sur le revenu qui représente 54.5 milliards. Avec le système des niches fiscales, l’Etat perd 38 milliards d’euros. D’après Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget, « plus un contribuable à des revenus élevés, moins il paye d’impôt en proportion ». Mais surtout la question essentielle à poser est la suivante : en admettant que cette politique de l’offre serve à créer de l’emploi, quel type d’emploi crée-t-elle ? Malgré toutes les bonnes intentions de la défiscalisation pour la création d’emploi, création d’emploi ne veut pas dire création de richesse. C’est tout le paradoxe de l’ouvrier et du domestique cher à Adam Smith. 
Faire ce que l'on veut ou bien vouloir ce que l'on fait